Si vous voulez plus de renseignements sur le village :
Mon ado boit
Un soir, tard, votre ado de 14-15 ans rentre saoul à la maison.
Après discussion, vous
comprenez que ce n'est pas la première fois qu'il s'enivre.
Comment réagir sans créer de blocage ?
Les chiffres sont éloquents. Alors que la consommation d'alcool baisse chez les plus de 25 ans, celle des adolescents augmente de façon inquiétante et débute à un âge de plus en plus précoce. A 15 ans, 22 % des garçons contre 15 % des filles se sont déjà "imbibés", et plus de la moitié d'entre eux ont connu au moins une fois une véritable ivresse. A 17 ans, 49,5 % de filles sont concernées pour 63,3 % de garçons. "La banalisation de l'alcool chez les très jeunes touche tous les milieux, même les plus aisés, alerte le Pr Michel Reynaud, chef du département psychologie et addictologie de l'hôpital Paul Brousse, à Villejuif. Leur façon de boire a également évolué ces dernières années. Il ne s'agit plus d'un simple verre pris lors d'une soirée pour se mettre dans l'ambiance, mais de l'absorption forcenée d'alcool dans le but revendiqué d'atteindre l'ivresse." C'est la mode du Binge Drinking, ou "course à la cuite" venue tout droit des pays anglo-saxons : 2,3 % des jeunes de 17 ans avouent s'y être adonnés. On boit beaucoup et vite, même en solo, et parfois jusqu'à l'accident (l'alcool au volant, première cause de mortalité chez les jeunes). Il n'est plus rare de voir arriver aux urgences pédiatriques des enfants de 12 à 15 ans, garçons ou filles, complètement ivres ou en coma éthylique. Bastien, lycéen en classe de seconde à Paris, n'a jamais franchi cette ligne jaune. Mais il reconnaît toutefois avoir ingurgité le même jour jusqu'à quatre canettes de prémix, ces mélanges d'alcool fort et de soda ou jus de fruits, vendus sous des noms et des packaging attrayants à destination d'un public juvénile. "Il m'est arrivé de me mettre "minable" à la maison sans que mes parents ne s'en rendent compte, avoue-t-il avec un brin de fierté. Quand je bois, je n'ai plus peur de rien."
Un âge fragile entre inhibition et autonomie
A cet âge, où il est parfois difficile de gérer ses émotions, consommer de l'alcool est vécu comme un moyen de vaincre sa timidité. Quelques verres libèrent la parole et les éclats de rire. "C'est aussi une façon pour eux de s'approprier leur nouveau corps, devenu étranger, en testant ses réactions et ses limites." analyse le pédopsychiatre Patrice Huerre, coordinateur de la Maison des adolescents du sud des Hauts-de-Seine (92) et co-auteur de l'ouvrage Alcool et adolescence : jeunes en quête d'ivresse (avec François Marty aux Ed. Albin Michel). Pour beaucoup d'entre eux, boire s'apparente aussi à un rite initiatique qui symbolise le passage à l'âge adulte.
Reconnaître les signes qui ne trompent pas
Votre enfant avouera rarement qu'il a bu. Même éméché, il s'efforcera de faire bonne figure. Cependant, plusieurs indices peuvent vous mettre la puce à l'oreille.
Humeur inhabituelle, yeux rouges, souffle court, élocution difficile, réponses lentes à des questions usuelles (à partir de 0,5g d'alcool par litre de sang, le temps de réponse augmente de 50 %), doivent vous alerter. "Les parents confrontés à cette situation ne doivent surtout pas faire l'autruche, préconise Patrice Huerre. Ne pas intervenir risque de pousser l'enfant à franchir d'autres limites pour susciter une réaction."

Expliquer les dangers, dialoguer sereinement
On le sait, les ados ont besoin de se heurter à une opposition pour trouver leurs repères. Alors, comment aborder le problème avec lui et trouver les mots justes ?".
Pour parler d'un sujet qui fâche, prenez rendez-vous avec votre ado, le lendemain soir ou le week-end suivant, afin qu'il ait le temps de réfléchir. Faites-lui part sereinement de vos craintes en expliquant les dangers auxquels il s'expose : l'alcool est source d'accidents, de violence, de relations sexuelles non protégées et par toujours consenties", insiste le Dr Huerre. Racontez-lui les expériences que vous avez faites à son âge et essayez d'en tirer des leçons ensemble. Démontez aussi les idées reçues. L'alcool rend certes plus gai, mai seulement au début. Contrairement à ce qu'il croit, une chope de bière n'est pas moins forte qu'un verre de gin… "Et ne diabolisez pas ses copains. Apprenez-lui plutôt à se fier à ses propres sensations, car chacun réagit différemment face à l'alcool, et à décliner les sollicitations qui ne lui conviennent pas." Amusez-vous à trouver avec lui des portes de sortie qui lui permettront de refuser un verre sans pour autant s'exclure du groupe : garder son verre plein à la main sans y tremper les lèvres, jeter discrètement son contenu… c'est aussi l'occasion de lui faire comprendre qu'il existe divers moyens de se faire respecter, comme se forger sa propre personnalité. Si la conversation est difficile à engager, profitez d'un reportage à la télé ou d'un article dans un journal pour amorcer la discussion. Recourir à l'humour s'avère aussi parfois judicieux pour dédramatiser la situation. En cas de réel blocage, vous pouvez chercher un relais extérieur : un frère aîné, un ami proche ou encore votre médecin traitant. Mais comme le souligne Patrice Huerre, cette béquille "ne peut être que provisoire", car le dialogue enfant/parent est indispensable à l'équilibre de tous les membres de la famille.
Evolution de l'alcoolisme chez les jeunes entre 2002 et 2005.
Dialogue et discrétion
Ne sautez pas sur votre rejeton à peine la porte franchie en lui assénant un discours moralisateur, il se refermerait comme une huître. "Il faut simplement jouer son rôle de parent, tenter de nouer le dialogue en douceur, informer, conseiller et réfléchir ensemble" conseille Patrice Huerre. Donc ni discours trop normatifs ni propos alarmistes.
Ne clouez pas non plus votre enfant au pilori en réunissant un tribunal de famille. Il se sentirait rabaissé, remis en cause dans sa volonté d'indépendance et se réfugierait derrière un mur de silence.
Les contacts
. Fil santé jeunes : 0 800 235 236
Numéro vert anonyme et gratuit, ouvert 7 jours sur 7 de 8 h à minuit, aux enfants et aux parents, pour toutes les questions liées à la santé physique et psychique des jeunes.
. Inter-service parents : 01 44 93 44 93
Un centre d'écoute et d'orientation, ouvert du lundi au vendredi de 9h 30 à 12h 30 et de 13h 30 à 17h, pour les problèmes de relations entre parents et enfants. Des services téléphoniques équivalents existent en région.
Plus d'infos sur www.ecoledesparents.org/epe/index.html
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